Ce jour là..

Elle fut courte cette nuit là. Cette nuit qui m’emmenait vers une autre vie. J’ai dû jeter encore quelques babioles dans mes valises et les boucler pour de bon assez tard. Elles ont attendu bien sagement contre le mur, qu’on les charge dans la voiture, ces deux valises dans lesquelles l’essentiel de ma vie tenait. J’ai dû mal dormir, tiraillée entre excitation, nervosité et sentiment d’inconscience. Je n’y croyais pas, jusqu’à ce que j’arrive dans ma future chambre je n’y croirai pas.

Il était tôt ce matin là, bien trop tôt pour un mois d’Août. J’étais fébrile et excitée, j’étais dans un état second et la nervosité n’avait pas encore pris ses quartiers . On a chargé les valises, je me suis installée à l’arrière de la voiture près de ma soeur comme prévu. Comme prévu, on a fait un détour pour que je lui dise au revoir. Il était pourtant bien trop tôt pour être debout, bien trop tôt pour un au revoir, mais elle m’attendait en pyjama devant chez elle. Je l’ai prise dans mes bras, lui ai dit de prendre soin d’elle et d’arrêter de pleurer, et je suis partie pour de bon toujours dans cet état second.

Il n’y avait personne sur la route ce jour là, et je commençais déjà à avaler mon lysanxia comme un bonbon, dans le stupide espoir que ça m’empêche de douter, pour ne pas m’angoisser. L’aéroport est apparu, un autre pas était franchi, ça devenait réel.  J’ai enregistré mes bagages et la longue attente à commencé.

J’ai rarement autant pleuré en si peu de temps, ce jour là.  J’ai eu peur de ne pas arriver à partir, peur de ne pas réussir une fois là bas, peur de les décevoir et de me décevoir. Une fois que l’on m’a rassuré, que l’on m’a dit que peu importe le temps que j’allais y passer, ça serait une formidable expérience , je pleure parce que je ne veux pas les quitter et parce que j’ai peur de cet inconnu que j’ai pourtant choisi.

Il fait beau cette matinée là, c’est l’heure d’embarquer, ça y est, c’est là que l’on se sépare. Bisous, serrage de bras et je donne ma carte, tout en me retournant à chaque pas. Je suis contente, j’y suis arrivée à ne pas faire demi tour, et je suis soulagée, de là où je suis, je les vois encore. Elles ne doivent partir que lorsque j’enverrai un message. Que lorsque je serai prête. Je fais des signes de mains entre deux essuyages de larmes. Ça y’est je suis prête, j’envoie mon message, elles partent dans la seconde. Comme prévu.

Il y a du monde dans la salle d’embarquement, je dois être la personne qui pleure le plus dans tout Charles De Gaulle, je me suis transformée en chute du Niagara. J’appelle ma soeur et lui fait jurer que tout va bien se passer. J’envoie des messages, remercie une dernières fois certaines personnes, et me fait rassurer. Je ne me rends toujours pas compte de l’endroit où je suis, de ce que ça signifie. J’entends pour la première fois, cet accent, qui me deviendra familier et me manquera tant après.

Il est midi quand ce 28 Août là, groggy de larmes je suis montée dans cet avion à destination de Montréal et qui allait chambouler ma vie.

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